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Comment les missiles américains à longue portée affecteront la guerre en Ukraine
information fournie par The Conversation 26/11/2024 à 16:54

Un tir d'ATACMS lors d'un exercice militaire en Corée du Sud. (crédit : Handout / GETTY IMAGES ASIAPAC / Getty Images via AFP)

Un tir d'ATACMS lors d'un exercice militaire en Corée du Sud. (crédit : Handout / GETTY IMAGES ASIAPAC / Getty Images via AFP)

Le président sortant Joe Biden a autorisé l'Ukraine à utiliser des missiles américains à longue portée pour frapper le territoire russe en profondeur, selon des sources officieuses citant des responsables de la Maison-Blanche.

Cette décision intervient alors que l'Occident anticipe une controffensive majeure de la Russie pour reprendre le territoire perdu dans la région de Koursk avec le soutien de milliers de combattants nord-coréens.

Mais cette décision de Joe Biden pourra-t-elle changer le cours du conflit en Europe de l'Est ? Benjamin Jensen, professeur à l'Université américaine de Washington et à l'École de guerre de l'Université du Corps des Marines en Virginie, répond à nos questions.

De quels types de missiles s'agit-il ?

Les missiles tactiques ATACMS sont des engins balistiques à courte portée qui peuvent aller beaucoup plus loin que les armes dont disposait Kiev auparavant.

Cette technologie n'est pas nouvelle : l'idée remonte à la fin des années 1970 et leur production a débuté sous l'ère Reagan, vers 1986. Les Américains ont utilisé ces missiles pour la première fois en 1991 avec l'opération Tempête du désert lors du premier conflit contre l'Irak.

Les ATACMS ont une portée d'environ 300 km, soit environ 50 de plus que le missile anglo-français Storm Shadow/Scalp.

Ils sont difficiles à intercepter et à détecter. Ils se déplacent très rapidement, jusqu'à Mach 3, soit trois fois la vitesse du son, et les systèmes radars ont du mal à les repérer si la position de lancement n'est pas connue.

De plus, les ATACMS ne dépendent pas du géopositionnement satellitaire (GPS). Ils sont également dotés d'un système de guidage inertiel par gyroscopes qui permet d'éviter les techniques de brouillage du GPS, que les Russes ont su utiliser avec succès.

Enfin leur charge utile, jusqu'à 225 kilos, est assez puissante pour créer un énorme cratère à l'impact.

Leur portée, leur vitesse terminale et leur charge destructive peuvent donc faire une énorme différence. Pour la première fois, l'Ukraine aura la capacité de frapper très loin derrière les lignes russes.

L'autorisation américaine pourrait également avoir un effet d'entraînement sur d'autres alliés qui détiennent aussi des ATACMS. Les voisins polonais et roumains en sont dotés, de même que la Corée du Sud et l'Australie.

Pourquoi l'approbation arrive-t-elle maintenant ?

La décision de Washington intervient alors que les troupes russes vont profiter de renfort. Les quelque 10 000 Nord-Coréens déjà signalés en Russie ne constitueraient probablement qu'une première vague.

Cette situation coïncide avec la concentration de 50 000 soldats russes près de Koursk, territoire clé de la Russie dont l'Ukraine s'est emparée en début d'année. Depuis quelques jours, la Russie y mène des incursions qui préludent une éventuelle contre-offensive visant à reprendre ce territoire.

En vue de cet assaut, les troupes nord-coréennes et russes, avant de monter au front, devront se rassembler loin derrière les lignes.

L'idée serait de sérieusement désorganiser l'opération russe en frappant ces troupes en zone profonde. Or, la taille, la vitesse et la portée des ATACMS en font l'instrument parfait pour ce genre d'attaque.

Si j'étais en position de conseiller l'armée ukrainienne, je leur dirais d'utiliser ces missiles pour frapper les zones de rassemblement, les sites de munitions et les aérodromes.

Quelles sont les intentions à Washington ?

Si je devais parier, je dirais qu'on s'inquiète du risque d'escalade, tout en reconnaissant que le conflit amorce une transition.

Le président élu Donald Trump a indiqué qu'il souhaitait négocier la fin de cette guerre. Selon moi, cette autorisation d'utiliser les ATACMS suggère que l'administration Biden souhaite améliorer la posture de l'Ukraine en vue d'éventuelles négociations.

Par ailleurs, le soutien croissant de la Corée du Nord à Moscou est un souci de plus. Outre les troupes, Pyongyang a envoyé plus d'obus à la Russie que toute l'Union européenne à l'Ukraine. Il se pourrait que l'administration Biden ait conclu que le seul moyen pour l'Ukraine de contrebalancer cet avantage russe est de lui permettre de frapper les troupes nord-coréennes avant leur déploiement.

Il semble également que pour l'administration Biden, les impératifs du moment l'emportent sur les risques d'engager les États-Unis plus avant dans ce conflit ou de voir le président russe Vladimir Poutine l'intensifier davantage.

Qu'est-ce que cela indique sur l'état du conflit ?

D'après ma lecture des événements, et les récentes déclarations du président ukrainien Volodymyr Zelensky, l'Ukraine pourrait ne pas être en mesure de maintenir sa position après le printemps, voire l'été 2025. Ce conflit représente un coût terrible pour le pays. Kiev éprouve aussi des difficultés à mobiliser des troupes en nombre suffisant, ce qui l'a forcée à recourir à la conscription à quelques reprises, chose qu'elle avait toujours voulu éviter.

L'Ukraine n'est pas complètement à bout de souffle, mais elle aura du mal à reprendre davantage de territoires contrôlés par la Russie. La conquête du territoire de Koursk est un succès important, mais il s'agissait d'un pari très risqué qui profitait de circonstances exceptionnelles. Et les combats dans les régions occupées par les Russes dans l'est de l'Ukraine s'avèrent difficiles.

S'agit-il donc d'aider l'Ukraine à garder le contrôle de Koursk ?

Les informations qui filtrent quant à l'autorisation de déployer les ATACMS suggèrent que Washington a mis pour condition que les missiles ne pourront être utilisés que dans la région de Koursk.

Même si Trump est capable de forcer la négociation, comme il le prétend, cela n'arrêtera pas les combats. Ceux-ci se poursuivront jusqu'à ce que les parties acceptent un cessez-le-feu. Et même après, le combat pourrait reprendre à tout moment.

C'est pourquoi je pense que la Russie va tout miser sur Koursk, militairement parlant. Et l'Ukraine fera tout ce qu'elle peut pour garder le contrôle de ce territoire, qui est sa meilleure monnaie d'échange en cas de négociations.

La victoire de Trump a-t-elle joué un rôle dans la réflexion de Joe Biden ?

Je pense vraiment que la décision d'autoriser les ATACMS était davantage liée à la situation militaire en Ukraine qu'à des considérations de politique américaine. Cela dit, il est possible que les déclarations du président élu en faveur d'un règlement négocié entre l'Ukraine et la Russie soient devenues un enjeu de plus dans ce conflit.

par Benjamin Jensen
Professor of Strategic Studies at the Marine Corps University School of Advanced Warfighting; Scholar-in-Residence, American University School of International Service


Cet article est issu du site The Conversation.

2 commentaires

  • 27 novembre 06:20

    Vous parlez de Soloviev et autres propagandistes de Rossiya 1


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